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aquarium eau de mer

Le crash en aquarium récifal, la cause écologique

  • Par lbno
  • Le 13/08/2019

Le crash en récifal, la cause écologique

 

   Il y a les crashs de bac accidentels et les crashs de bac d'origine écologique.  Par "écologique" il faut ici entendre une cause de crash qui n'ait ni pour origine immédiate une panne technique ou technologique ( coupure de courant, arrêt d'un appareil vital, etc. ) ni ne résulte d'une "grosse" bêtise de maintenance de la part du récifaliste. Il est ici question d'un défaut de fonctionnement de la dynamique bio-géo-chimique de l'écosystème, une " dérives des paramètres" dira-ton dans le milieu récifaliste. C'est le moment où l'on sort les tests bien plus souvent que d'habitude et que l'on envisage de sortir l'artillerie chimique lourde. Et quand on commence à jouer au apprenti sorcier en aquariophilie on peut dire que c'est généralement le début de la fin !    

   La "dérive des paramètres" est en fait le symptôme d'un dysfonctionnement insidieux et récurrent au sein de la chaîne de traitement des déchets organiques. On parle là d'un genre de dysfonctionnement qui ne se voit généralement pas jusqu'au crash. Le bac semble en bonne santé et esthétiquement beau depuis des mois, voire deux ou trois ans, puis brusquement les problèmes s'enchaînent  à une vitesse qui dépasse le temps de réaction aquariologique du récifaliste. Le temps que ce dernier cherche une solution au premier problème visible ( Cyanobactéries, algues, blanchiment/ nécrose des coraux, dérives toxiques des paramètres, etc. ) un autre vient aussitôt, puis un autre et encore un autre... En quelques semaines, voire parfois en quelques jours seulement, le bac qui semblait en pleine forme devient un véritable cauchemars qui conduit inexorablement vers le crash tant redouté !  Que s'est-il passé ? 

   Un aquarium récifal est au top de sa forme biologique et chimique quand il y a équilibre entre les producteurs, les consommateurs et les réducteurs. Le but de cet équilibre biotique est de permettre le recyclage en milieu fermé de la matière organique. Bien entendu un aquarium reste un espace réduit hébergeant une biomasse bien plus importante qu'en milieu naturel et nous donnons un petit coup de main à la nature en effectuant des changements d'eau et éventuellement en utilisant des auxiliaires d'épuration mécanique comme l'écumeur. Il n'en reste pas moins que le plus performant des équipements mécaniques ne peut palier durablement à un dérèglement de l'équilibre biologique de l'écosystème. Aucun écumeur ou autres systèmes d'épuration mécanique ne peut longtemps éviter le crash qui guette tous bacs récifaux ne respectant pas l'équilibre entre les producteurs, les consommateurs et les réducteurs.

  En tant qu'aquariologue spécialiste de l'écologie des aquariums, je peux affirmer que dans la très grande majorité des cas le déséquilibre se tient au niveau des réducteurs, autrement dit des micro-organismes détritivores et décomposeurs. C'est que trop souvent encore la microfaune ne fait pas partie du projet de démarrage d'un récifal ou, quand elle a été apportée au départ par des pierres vivantes de qualité elle a depuis bien longtemps disparue ou se trouve en piteuse état de diversité. Beaucoup pense que la microfaune apparaîtrat spontanément dans un aquarium et qu'elle se maintiendra éternellement dans le bac, malgré les prédateurs et les manipulations abiotiques et biotiques que peut faire un aquariophile tout au long de la vie de son bac. De plus, beaucoup de récifalistes confondent encore microfaune et macrofaune et comptent sur les gammares et copépodes pour traiter les déchets avant leur minéralisation par les bactéries.

   Il faut bien comprendre qu'entre le "gros" copépode que l'on voit à l'oeil nu sur la vitre et une bactérie il y a une différence de taille de l'ordre de 1000 fois ( moyenne pour donner un ordre d'idée ). On imagine alors très bien que même digérée et décomposée par la macrofaune une particule de matière organique reste encore énorme pour les bactéries qui vont la prendre en charge. Le temps de décomposition bactérienne du déchet sera d'autant plus long qu'il est gros ! Heureusement, sur la chaîne de dégradation des déchets en aquarium ( comme dans la nature ) il y a une population de détritivores intermédiaires... C'est la microfaune

  Sans microfaune ou presque dans un bac il y a continuellement un retard sur la vitesse normale ( en terme écologique ) de dégradation des déchets. Plus ou moins rapidement, selon les performances de l'écumage et/ou de la filtration mécanique, ces derniers s'accumulent constamment. On ne parle pas là de sédiments grossiers mais de particules dissoutes. Il arrive logiquement un moment où ces déchets dissous en attente de traitement impactent l'équilibre bio-géo-chimique... Et c'est là que commencent les problèmes ! Peu importe ici les symptômes ( cyanobactéries, excès de no3, de no2, chute du ph, etc) ; ce qui est important à retenir c'est le processus qui en est la Cause profonde. Si le récifaliste malheureux cherche à soigner les symptômes sans traiter la cause il ne fait qu'au mieux retarder le crash écologiquement annoncé. 

Conclusion 

La microfaune et plus généralement l'ensemble des micro-organismes détritivores et décomposeurs est vraiment le centre névralgique de la chaîne de traitement des déchets dans l'aquarium. La microfaune consomme les petites particules détritives de matières organiques et les transmet sous forme de particules quasiment dissoutes aux décomposeurs ( bactéries et autres organismes microbiens ) qui vont achever le travail de traitement des déchets en les minéralisant ( ammoniac/ ammonium - no2 - no3 - N2 ). Il est donc bien évident que l'écosystème du bac ne peut fonctionner correctement sans microfaune. Sans une population de microfaune de qualité les déchets produits par la macrofaune s'accumulent logiquement car ils sont "livrés" trop "gros" aux décomposeurs ( bactéries )... Un an, deux ans, trois ans... Combien de temps un bac récifal écologiquement bancal peut-il "survivre" avant le crash ? Pour certains récifalistes garder un récifal 3 ans est un succès. Passé ce délai ils refont leurs bacs sous un prétexte quelconque. Mais la vérité est que les problèmes de maintenance s'accumulaient... Jamais leurs bacs ne vieillissent et la preuve est que l'on n'y voit jamais dedans que des boutures de coraux et de jeunes poissons. À moins que les aléas de la vie obligent son possesseur de l'arrêter ou de le transférer un récifal de salon peut vivre 20 ans au minimum. J'ai dit "seulement" 20 ans car je peux témoigner par expérience que cela est possible... Peut-être plus ? Peut-être, mais là je n'ai pas l'expérience pour en témoigner.