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Centropyge, corail et écologie en récifal

  • Par lbno
  • Le 03/10/2019

   Centropyge, corail et écologie en récifal 

Centropyge

   Comme nous l'avons expliqué dans le précédent article "Conseil capital pour réussir son récifal " l'aquarium récifal doit être appréhendé comme un réseau dynamique au sein duquel tous les éléments qui le composent ( ceux du biotope et ceux de la biocénose ) interagissent continuellement. L'intérêt essentiel de l'Aquariophilie, celui qui a justifié son invention par les naturalistes, est de permettre à l'Aquariophile d'observer et de mieux comprendre comment fonctionne un système naturel. Le bac récifal a pour avantage qu'il offre un large spectre écologique tant au niveau de la biodiversité que des niches écologiques. Un des point les plus importants à comprendre en aquariophilie et à fortiori en aquariophilie d'eau de mer est que les propriétés de l'ensemble "récifal" ne sont pas le résultat de l'addition des espèces de vivant qui le constitue. Prenons un exemple volontairement très simplifié : 

Un corail, un Centropyge, une situation et un questionnement de récifaliste

   Vous venez de faire l'aquisition d'un corail après avoir bien étudié les fiches techniques et écouté les conseils des récifalistes sur les réseaux sociaux et vous connaissez donc parfaitement les caractères physiologiques du corail en question. Vous allez donc le placer à tel endroit dans un bac au biotope adéquat ( paramètres physiques et chimiques ). Vous allez aussi peut-être ajouter des éléments nutritifs censés accélérer sa pousse et optimiser sa coloration. Tout est donc en place pour que votre bouture s'épanouisse relativement rapidement et forme une petite colonie coralienne dont vous pourrez partager l'image sur les réseaux sociaux comme le font vos amis "expérimentés" qui vous ont conseillé, étant eux mêmes très fiers de leurs bacs récifaux... Mais voilà... patatras... tout ce beau rêve récifaliste s'écroule subitement quand vous constatez que le magnifique Centropyge Bispinosus, normalement presque exclusivement algivore, tape les polypes de votre pauvre corail qui stress et ne va pas tarder à dépérir. Impossible de repêcher ce poisson très vif et inféodé aux pierres vivantes ! Vous consultez donc vos fiches et consultez à nouveaux vos amis expérimentés pour essayé de comprendre pourquoi ce poisson que l'on dit l'un des plus reef-safe des poissons anges nains apprécient tant le goût de votre précieux corail. Les fiches vous confirment que généralement le C.Bispinopus ne touche pas aux coraux. Ok mais il le fait pourtant dans votre bac ! Vous espériez peut être être consolé par vos amis virtuels mais au contraire vous subissez un tas de reproches, de moqueries et de banalités anecdotiques du genre "tu aurais dû t'y attendre, c'est un Centropyge après tout", "C'est la loterie avec ce genre de poisson, certains touchent aux coraux d'autres non "  'J'ai remarqué que souvent ils ne le font pas au début mais le font ensuite en vieillissant ", "Il est tout seul ton Centropyge ? Normal, il s'ennuie, il faut toujours les mettre en couple ", "Ben c'est bizarre car moi j'ai plusieurs espèces de Centropyges dans mon bac full sps et tout se passe bien". Mais où sont donc passés les conseillers expérimentés en récifal qui savaient tout de la manière de maintenir le corail en question ? Admettez tout de même que ce n'est pas forcément de leur faute si vous avez décidé d'associé Centropyge et corail. Heureusement  "L'explication du pourquoi" ce Centropyge s'est mis à "taper" du corail est pourtant tout à fait à notre portée aquariophile.  

Pourquoi ce Centropyge a t-il décidé de taper mon corail

   Le Centropyge Bispinosus, comme la plupart des Centropyges, est essentiellement algivore. D'ailleurs il passe quasiment tout son temps à "brouter" sur les substrats, comme le font les Mbunas dans les aquariums lacustres d'eau douce thématisés "Malawi". Centropyges et Mbunas ont en commun de se nourrir principalement de micro-algues tout en comblant leur besoin en protéines animales. Comment ? Le périphyton recouvrant les substrats qu'ils broutent est, entre autres divers organismes, composé de microfaune. C'est cette même microfaune invisible à l'oeil nu que le poisson Madarin par exemple chasse sur les substrats ; sauf que le Dragonnet lui ne broute pas les algues en même temps. Il y a tellement de micro-organismes au sein du périphyton que la quantité de microfaune protéinée que peut avaler un Centropyge au cours de son broutage quasi continuel est probablement quantitativement similaire à celle avaler par un Synchiropus. Si le poisson Mandarin est un prédateur stricte de microfaune ce n'est bien entendu pas le cas du Centropyge, qui lui sait très bien où trouver des protéines animales s'il en manque dans son milieu "aquarium". Il en trouvera évidemment dans la nourriture distribuée par le récifaliste. Mais chassez le Naturel et il revient au galop ! Pour notre Centropyge physiologiquement frustré de ne pas pouvoir tirer sa ration de protéines animales de son broutage algale il y a une solution plus simple que d'attendre la distribution de nourriture, à savoir picorer les mignons et gentils polypes des coraux ! Pourquoi ce corail plutôt qu'un autre ? C'est une autre question aquariophile !

Cela pourrait être bien plus complexe le récifal

   Ce qu'il fallait juste retenir de ce modeste exemple de théorie aquariophile et que l'on ne peut réduire la maintenance d'un animal à sa fiche de maintenance et encore une fois qu'on ne peut escamoter la notion d'écosystème en récifal sans en subir tôt ou tard les néfastes conséquences. Même les données de compatibilité enrichissant parfois les fiches de maintenance sont infiniment réductrices. L'aquariophilie récifale ce n'est pas de la pâtisserie et l'aquarium récifal n'est pas le résultat certain d'une recette technique où l'on pèse précisément des ingrédients et les mélange selon une méthode formellement reproductible. Notre exemple de dynamique interactive écologique était composé de quelques éléments principaux, à savoir le corail, le Centropyge, la microfaune, le substrat, les algues, le périphyton, la nourriture distribuée. Imaginez que nous pouvons ajouter une multitude d'autres éléments inertes et biologique participant de ce réseau d'interaction écologique ! Imaginez que nous pouvons décliner chacun de ces éléments en objet d'étude écologique particulier ! Imaginez que nous pouvons isoler et analyser une multitude d'autres relations écologiques arbitrairement sélectionnées à partir d'éléments eux aussi arbitrairement choisis comme nous l'avons fait avec notre exemple ! 

Conclusion récifale universelle

   Tout cela pour dire toujours plus "finement" et donc plus objectivement que la maintenance d'un récifal n'est pas un assemblage de données techniques, chimiques et biologiques figées sur des fiches, des posts et commentaires sur les réseaux sociaux, ni même sur des vidéos-tutoriels sur Youtube. L'aquarium récifal est une mise en réseaux de divers éléments interdépendants ayant des relations réciproques directes ou indirectes. Quand on dit qu'un bac récifal ne fait pas l'autre bac récifal c'est vrai... Mais ce qui est certain c'est que dans tous les bacs récifaux du monde un Centropyge en manque de protéines animales tapera dans les coraux... C'est une donnée "éco-logique" universelle !   

 

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