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Les fiches de maintenance des espèces, un piège aquariophile

  • Par lbno
  • Le 26/12/2017

Les fiches de maintenance des espèces en aquarium ne nous disent pas tout

   

   À la lecture des posts traitant, sur les réseaux sociaux, de problématiques relatives à la maintenances des espèces en aquarium, on se rend aisément compte que rares sont les aquariophiles, en eau douce comme en eau de mer, qui appréhendent leur bac comme un système naturel global. Généralement lorsqu'une espèce animale ou végétale montre des signes de non-adaptation aux conditions de vie d'un bac on s'empresse de comparer les conditions abiotiques ( paramètres physico-chimiques ) de son aquarium avec celles préconisées sur les fiches de maintenance de l'espèce en question. Dans la mesure où les fiches sont de qualité ( correspondant aux données scientifiques connues ) on peut considérer que cette approche analytique du problème de maintenance d'une espèce en aquarium est pertinente. Pourtant, si l'on considère un peu plus son principe on la voit apparaître comme écologiquement réductionniste ! Et de fait susceptible d'occulter la raison véritable d'un problème de maintenance d'une espèce dans son aquarium.  

Du biotope à l'écosystème en aquariophilie

   Qu'est-ce qu'une fiche de maintenance spécifique sinon l'équivalent d'un descriptif des caractéristiques techniques accompagnant la fiche d'un quelconque produit de consommation ? Or, en se contentant de considérer la maintenance d'une espèce en fonction de ses besoins abiotiques ( les facteurs non vivants ) on en oublie qu'un aquarium n'est pas seulement un biotope, c'est-à-dire un milieu défini par des caractéristiques physiques et chimiques mais aussi une biocénose, c'est-à-dire un ensemble d'êtres vivants interagissant "intra-spécifiquement" et "inter-spécifiquement". En additionnant le biotope et la biocénose on obtient un écosystème. Le concept de biotope est loin de suffire à caractériser la thématique écologique d'un aquarium et le fait qu'il soit devenu ces dernières années le critère isolé d'orientation des projets aquariophiles a conduit aux aquariums dénaturés. Organiser la création d'un aquarium essentiellement, voire exclusivement, sur la notion de biotope, c'est logiquement réduire l'importance de la biocénose à un panel de "produits" vivants que le biotope reconstitué permet d'accueillir, comme des ventaux adaptés à une fenêtre sur mesures. 

De l'écosystème au piège écologique en aquarium

   La notion d'écosystème mal comprise par les aquariophiles conduit aux nombreux pièges écologiques qui conduisent à la production sur le net et même dans certains livres aquariophiles considérés comme des références à des erreurs de maintenance. On emploie le terme "piège écologique" pour signifier, entre autres situations écologiques, le fait qu'une espèce animale ou végétale se complaît dans un milieu qui n'offre pourtant pas les conditions de vie idéales à l'épanouissement durable de son espèce. Par exemple, un corail peut être plus coloré ou une plante peut croître plus vite que la normale naturelle grâce à une intensité lumineuse spécifiquement élaborée artificiellement ou des intrants chimiques divers. Le rédacteur d'une fiche de maintenance pourra alors publier que ce corail ou cette plante ont besoin de ces conditions pour bien vivre en aquarium ; seulement, ce que par ignorance il ne dira pas c'est que cet animal ou ce végétal devient ainsi plus sensible aux maladies ou au parasitisme. Ainsi, un récifaliste s'étonnera que le magnifique corail cultivé par cette ferme d'élevage renommée est voué à péricliter à l'instant même où il quitte le cocon protecteur que constituait son bac d'élevage hyper-artificialisé. C'est de plus en plus le cas de poissons d'eau douce d'élevage intensif incapables de survivre dans un milieu non aseptisé. 

Conclusion 

  Ceux qui suivent mes publications depuis le début ou qui ont pris la peine d'en lire quelques-unes  perçoivent probablement que la microfaune, thématique du site Aquamicrofaune, est finalement le socle symbolique et biologiquement fondamental d'une vision plus systémique de l'aquariophilie ( écosystémique ). On entend ça et là sur les réseaux sociaux des aquariophiles qui citent comme des critères absolus de maintenance d'une espèce les données de fiches posant sur du vivant des caractéristiques paramétriques physico-chimiques. Ces fiches de maintenance véhiculent le plus souvent des informations très justes et l'aquariophile gagne bien entendu à les consulter avant d'envisager l'acquisition d'une espèce animale ou végétale. Néanmoins, réduire sa prise d'information aquariophile à la lecture de fiches de maintenance spécifique, comme c'est le cas aujourd'hui, c'est aussi réduire l'outil aquarium a sa fonction technologique. Nous sommes des aquariophiles et non des techniciens de laboratoire biologique ; notre but n'est pas de faire survivre du vivant sous "atmosphère" artificielle contrôlée ( piège écologique ) mais d'intégrer la biodiversité du vivant lui-même comme facteur dynamique du système, comme en un écoystème sauvage. Cela implique que l'épanouissement d'une espèce en aquarium dépend aussi de son intégration et de ses relations dynamiques au sein de la biocénose et pas seulement des conditions abiotiques ( biotope ). 

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