cyanobactéries

  • Les dinoflagellées en récifal ( cause et remède )

    • Par lbno
    • Le 21/03/2021

    Les dinoflagellés en récifal ( cause et remède )
    Image dinoflagelles
    Photo : http://www.plancton-du-monde.org/module-formation/dino.html

       Tout comme les Diatomées, les Chlorophycées ( algues vertes souvent filamenteuses ) et les Cyanobactéries, les Dinoflagellés apparaissent souvent dans un bac récifal au démarrage, en général au cours des 3 premiers mois mais parfois jusqu'à 6 mois après sa mise en eau. Même si cela peut être très embêtant quand ce phénomène est tardif et que l'on a déjà des coraux, les Dinoflagellés, comme les autres algues ou cyanobactéries de démarrage, vont généralement disparaître d'elles même quand l'écosystème aura trouvé son équilibre. Mais il arrive malheureusement que les Dinoflagellés envahissent un aquarium écologiquement mature. 

    Comment reconnaître les Dinoflagellés en récifal ? 

        Bien malin l'aquariophile qui peut reconnaître à coup sûr des dinoflagellés à vue... à moins d'utiliser un microscope ! De plus, il existe environ 2000 espèces composant cette catégorie d'organisme, dont la majorité vivant en eau de mer. Elles peuvent très facilement être confondues avec les Diatomées et plus encore avec les Cyanobactéries. Quelques critères peuvent néanmoins aider le récifaliste a supposer qu'il est en présence de dinoflagellés dans son bac :

    1 ,Les Dinoflagellés sont plutôt brunâtres, comme les diatomées, mais contrairement à ces dernières, elles ont tendance a disparaître des substrats la nuit pour nager librement dans la colonne d'eau. Cela explique que l'eau du bac semble jaunâtre à l'allumage de l'éclairage le matin et qu'elle s'éclaircit rapidement après que les dinoflagellés aient regagné les substrats. 

    2, Les Dinoflagellés forment souvent des filaments qui se recouvrent de bulles en fin de journée quand l'aquarium a un taux d'oxygène dissous élevé ( produit de la photosynthèse ). Les cyanobactéries aussi ont parfois ce même comportement mais la couleur de leur biofilm est généralement rouge/bordeaux plutôt que maronnasse comme les Dinoflagellés.  

    3, Les Dinoflagellés sont de consistance "poussiéreuse" ( du moins quelques espèces  !)   tandis que le biofilm des cyanobactéries est plutôt gluant.   

    4, On constate la mort prématuré d'escargots algivores ou crustacés détritivores. Cela ne vaut que dans le cas de la présence d'une espèce toxique ; toutes les Dinoflagellés ne le sont pas et certaines cyanobactéries le sont aussi, toxiques. Il existe aussi des espèces de Diatomées toxiques mais elles ne le sont pas pour les organismes de nos bacs. 

    La cause d'envahissement d'un récifal par des Dinoflagellés

        Il doit peut être exister des causes que nous ignorons encore en écologie mais ce que nous savons assurément c'est que les Dinoflagellés se développent bien plus souvent dans les bacs oligotrophes ! Cela s'explique assez aisément. Sur le plan concurrentiel ( occupation de la même niche écologique ), les Dinoflagellés ne s'imposent généralement pas face aux autres algues et aux cyanobactéries. Elles ne parviennent que rarement à occuper un substrat ( roche, sable, etc. ) qui est déjà colonisé par d'autres micro-organismes, comme par exemple des algues vertes ou des algues encroûtantes. Les Dinoflagellés font partie du périphyton qui recouvre les roches de tout aquarium écologiquement sain mais elles restent en proportion raisonnable. Pour qu'elles parviennent à occuper exclusivement le terrain, il faut que les autres organismes qui composaient ce périphyton soient contrariés dans leur épanouissement vital. Les facteurs limitants seront pour eux les nitrates et les phosphates. Dans le cas où ces éléments sont en quantité très faible ce sont toujours les Dinoflagellés qui vont s'imposer pour les exploiter métaboliquement ; les Dinoflagellés vont exploser productivement tandis que leur concurrents vont régresser ! 

    Le danger en récifal des traitements chimiques contre les dinoflagellés

       Les zooxanthelles qui vivent en symbiose avec les coraux, sont aussi des Dinoflagellés ! Cette seule donnée biologique suffit à expliquer pourquoi il ne faut surtout pas utiliser d'anti-dinoflagellés chimiques. Certains récifalistes ne font pas le rapprochement entre le blanchiment de leurs coraux et l'utilisation d'un "anti-dino" chimique radical. Le processus de dégradation biologique est d'autant plus sournois que les zooxanthelles sont des dinoflagellés plus résistantes aux traitements chimiques "anti-dino" que leurs "cousines". Il va donc y avoir un décalage temporelle entre l'élimination des dinoflagellés benthiques ( sur les substrats ) et la mort de nombreuses zooxanthelles. Par conséquent, le récifaliste va appréhender le mal-être de ces coraux comme un nouveau problème de maintenance indépendant de celui des Dinoflagellés ! Certes, la plus grande résistance des zooxanthelles au traitement chimique fait que les dégâts sur les coraux ne sont pas systématiques ; ces derniers faisant heureusement usage de résilience. 

    Le traitement naturel contre les dinoflagellés

       Les Dinoflagellés sont très difficiles à éradiquer quand le mal est fait ! Elles sont probablement en aquariophilie récifale une des causes les plus fréquentes de "jet d'éponge" par dépit. Quand on parvient à les vaincre c'est après un long combat qui convainc souvent les récifalistes à revoir leur copie "maintenance". Essayons surtout de prévenir avant de devoir guérir. D'abord, sortir de la condition oligotrophique ! Un peu de phosphates, un peu de nitrates... c'est la Vie ! Voir mon article "Mon récifal oligotrophe, ce beau malade écologique ! ". Ensuite veillez à entretenir la micro-biodiversité. Beaucoup de récifalistes veulent conserver leurs pierres et plus encore leur sable tout propres, comme s'il s'agissait d'un décor de plage exotique. Mais dans la vraie Vie récifale les substrats sont toujours plus ou moins recouverts de divers microorganismes sessiles ( fixes ) et vagiles ( qui se déplacent ) ; cette couverture biologique n'a rien de sale ! Au contraire, c'est elle qui fait que chaque genre d'organisme qui la compose reste en quantité raisonnable et ne s'impose pas en envahisseur. 

    Conclusion

      Cet article décrit un principe écologique mainte fois exprimé sur ce blog. Bien entendu l'explication théorique est toujours plus simple que son analyse fonctionnelle dans la pratique aquariophile. Certains récifalistes affirmeront que malgré la bonne gestion écosystémique de leurs bacs les Dinoflagellés s'y sont imposées tout de même. C'est aussi vrai en effet pour les Cyanobactéries. Nous ne maîtrisons pas tout de l'écologie en aquarium, pas plus qu'en milieu sauvage d'ailleurs, et certains phénomènes nous échappent encore. Mais il n'empêche que les données certaines exprimées dans cet article sont à impérativement intégrer dans l'appréhension de la problématique Dinoflagellés qui y est posée. Faisons au mieux avec ce que nous savons, c'est la moindre des choses, même si cela ne suffit pas toujours.