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microfaune

Comprendre le démarrage d'un aquarium d'eau de mer récifal 

  • Par lbno
  • Le 04/12/2020

Comprendre le démarrage d'un aquarium d'eau de mer récifal 

   La période de démarrage d'un aquarium récifal n'est pas toujours bien comprise par les débutants récifalistes ; notamment quand ils ont auparavant pratiqué l'aquariophilie d'eau douce. Trop souvent elle est appréhendée de la même façon qu'en aquariophilie d'eau douce où il s'agit uniquement de laisser le temps aux bactéries du cycle de l'azote de se développer. Dans ce cas la période de démarrage d'un bac d'eau douce se réduit à laisser passer le fameux pic de nitrites. En aquariophilie d'eau de mer la période de démarrage implique une dynamique d'une tout autre dimension. 

Au delà des bactéries et du filtre

  On estime qu'il faut dans un bac d'eau douce environ 3 semaines pour que les bactéries transformant les nitrites ( très toxiques en eau douce ) en nitrates forment une population suffisante. Une fois que les nitrites sont converties rapidement en nitrates ( en flux tendu presque ) on sait que l'on peut introduire des poissons ou autres animaux. Mise à part dans les bacs low tech ( dont la maintenance, sur le plan écologique, se rapproche d'un bac récifal ) l'essentiel de la biomasse bactérienne se trouve dans les filtres rapides. Les filtres rapides sont des "usines" de transformation de nitrites en nitrates hyper-performantes ( à condition bien entendu que leurs tailles soit proportionnées au bac )... Mais en récifal on se bat pour maintenir un taux de nitrates relativement bas ! Les filtres rapides n'y sont donc pas les bienvenus... On ne va donc pas pouvoir compter sur ce moyen de surproduction bactérienne localisée dans une "boîte" ( un filtre extérieur par exemple ). De même on va aussi de facto devoir se passer en eau de mer de la filtration mécanique ( piégeage des gros déchets ) que ces filtres permettent. En récifal c'est donc l'aquarium lui-même qui va faire à la fois office de média bactérien et de piège à déchets.

Le recyclage des déchets 

  Les déchets ne pouvant pas être piégés par filtration ( à moins de s'assurer que la filtration mécanique ne deviennent jamais biologique ) il va falloir qu'ils soient pris en charge par des agents biologique de traitement vivants en permanence dans le bac. C'est là que le démarrage d'un bac récifal prend une autre dimension que le "simple" dépassement du pic de nitrites. Si les bactéries sont les micro-organismes qui vont procéder en bout de chaîne au traitement chimique des déchets, il est d'autres micro-organismes bien plus gros ( de 0,1 et 1 mm , autant dire des géants dans le monde microscopique) qui vont décomposer les déchets et par conséquent les rendre plus facilement assimilables par les bactéries. Ce sont ces minuscules organismes ( mieofaune ) que nous appelons généralement "microfaune" sur ce blog ( à ne pas confondre avec la macrofaune ! ). Le démarrage doit donc aussi inclure le développement des populations de microfaune.

L'Habitat et les niches écologiques 

   La microfaune a besoin de territoires adaptés à la biologie et la physiologie des différentes espèces que composent sa population. Ces dernières doivent aussi pouvoir chacune créer dans ces territoires communs la niche écologique qui convient à ses besoins physiques et nutritionnels. Le démarrage est donc aussi la maturation du terrain, tant architecturalement ( lit de sable par exemple proposant verticalement et horizontalement des conditions de vie multiples) que biologiquement ( par exemple le développement du périphyton sur les roches ). Nous voilà encore un peu plus éloigné du démarrage bactérien d'un aquarium d'eau douce. Et ce n'est pas fini ! La maturation de ces divers éléments écosystémiques va influer sur les paramètres physiques et chimiques du bac. 

La maturation physico-chimique 

   Ce qui caractérise un bac pendant sa phase de démarrage c'est son instabilité paramétrique. De nombreux organismes, notamment les micro-algues planctoniques ou benthiques, vont modifier considérablement la chimie et la dynamique écologique du jeune bac en consommant les minéraux et en les transformant en matière organique ( c'est ce que l'on appelle la production primaire ). C'est par exemple le cas des diatomées ( algues brunes ) qui vont consommer les silicates ( minéraux ) et les transformer en silice organique qui vont entrer dans la chaîne alimentaire via la prédation. Autre exemple : Les algues filamenteuses, pour ne rester que dans le domaine végétale, vont constituer un habitat modifiant localement certains facteurs physiques, comme l'intensité lumineuse ou l'hydrodynamisme ( brassage ) ; cela peut paraître insignifiant à notre échelle mais cela ne l'est assurément pas à l'échelle microscopique. ll serait possible de citer bien d'autres exemples pour signifier ce qu'est véritablement la phase de démarrage d'un aquarium récifal. 


Conclusion

  Cet article n'est pas une leçon d'écologie et il est bien évidement simplifié et vulgarisé au possible. Il a simplement pour but de faire prendre conscience aux débutants de l'importance capitale de la période de démarrage d'un bac en aquariophilie marine. Il s'agit ni plus ni moins d'accompagner la naissance et de prodiguer les premiers soins à un écosystème sur lequel va reposer toute la vie d'un bac. Certes, on le voit avec les bacs mal démarrés, on peut toujours aider à ce qu'un handicap écologique soit le moins contraignant possible en bidouillant technologiquement et techniquement sans cesse le système ;  mais n'est-il pas mieux de donner dès le démarrage à l'écosystème tout ce dont il a besoin pour se former et croître correctement. Car quand je parle de soins à lui apporter il ne s'agit rien de plus que de lui fournir l'essentiel, l'ensemencement micro-biologique, et de lui laisser un minimum d'autonomie au démarrage en usant de patience pour ne pas trop le contraindre et dévoyer sa Nature !