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Biotope d'un récifal ; l'impératif de maintenance à savoir absolument

  • Par lbno
  • Le 08/11/2019

Biotope d'un récifal ; l'impératif de maintenance à savoir absolument

 

   Dans le milieu récifaliste nous discutons beaucoup des paramètres physico-chimiques parfaits pour la maintenance idéale de nos bac récifaux. Il y a pourtant une notion d'écologie fondamentale que nous les récifalistes les plus expérimentés oublions de rappeler aux débutants. Suivant les situations problématiques auxquelles ils sont confrontés on leur parle de modifier tels ou tels paramètres physiques et/ou chimiques mais on omet, tant cela nous apparaît évident, de les prévenir de l'impératif écologique qui détermine intrinsèquement le biotope d'un bac récifal : la stabilité !  

L'instabilité de certains biotopes en aquariophilie

   Rappelons ce que veut dire véritablement le terme "biotope" en écologie. Il s'agit d'un milieu de vie caractérisé par certains paramètres physiques et chimiques. Parmi les paramètres physiques sont par exemple la température, la force du courant, l'aquascape, c'est à dire l'architecture du "paysage" et la nature des matériaux composant cet aquascape. Les paramètres chimiques sont ceux que nous mesurons généralement en aquariophilie avec des tests colorimétriques ( le PH, le KH, les nitrates, les nitrites, etc. ). Contrairement à ce qu'il est parfois écrit sur les médias d'informations aquariophiles un biotope ne désigne pas systématiquement un milieu avec des paramètres stables et constant. En eau douce par exemple les paramètres chimiques d'un milieu aquatique peuvent extrêmement varier d'une saison à l'autre et même en quelques minutes seulement lors d'un pluie torrentielle ( Mousson en Asie par exemple ). Un bras d'eau au courant très lent,  pauvre en oxygène et au ph plutôt acide, peut alors se transformer en quelques heures en rivières tumultueuses saturé en O2. Il en va de même des paramètres physiques, comme la température, qui peut varier considérablement et relativement brusquement. Même l'architecture matérielle peut changer ; lors de fortes intempéries des branches flottantes ou immergées peuvent être déplacées ; des éléments constituant le sol peuvent être emporté par le courant et des sédiments terrestres rejoindre l'eau au point de transformer une rivière en autoroute pour débris naturels. Ainsi il est possible de déclencher une frénésie reproductive dans un aquarium biotope des marais du Sud-Est  asiatique rien qu'en ajoutant "en pluie" dans le bac une quantité relativement importante d'eau froide et quelques poignées de feuilles de chênes séchées. On peut donc considérer ce protocole comme conforme aux caractéristiques du biotope naturel d'où sont originaires ces poissons asiatiques. 

L'instabilité n'est pas de mise en aquariophilie récifale

À ma connaissance il n'existe aucun protocole aquariophile de perturbation brutale du biotope d'un récifal qui aurait un effet positif. Il fut un temps on l'on préconisait de remuer régulièrement le sol ( tempête de sable ) pour soulever des micro-organismes dans la colonne d'eau et nourrir les animaux planctonophages et filtreurs. On sait aujourd'hui qu'un lit épais de sable vivant va naturellement produire du plancton, notamment la nuit, et que le remuer a surtout pour effet de le déstabiliser bio-chimiquement et de libérer dans la colonne d'eau des éléments qu'un bon lit de sable tend pour notre plus grand bonheur à piéger et neutraliser comme les phosphates

Sur les récifs tropicaux que nous tentons de reproduire dans un bac récifal les modifications des paramètres physico-chimiques sont rares. Le biotope récifal n'est en fait perturber que lors de très fortes tempêtes occasionnelles et une grosse partie des sédiments soulevés sont entraînés loin du récif par la masse océanique, alimentant par exemple les herbiers mais aussi les plages. Dans un aquarium ces sédiments minéraux vont logiquement retomber au fond du bac ou sur les pierres vivantes. Bien entendu on sait que les habitants des récifs coralliens subissent les effets du réchauffement climatique et de l'acidification des océans mais ces variations de biotope ne font partie ( pas encore ? ) de leurs capacités d'adaptation, à la différence de la biocénose ( le vivant ) des milieux dulcicoles ( eau douce ) que nous évoquions plus haut. On peut donc dire que le principal critère écologique qui caractérise le biotope d'un aquarium récifal est sa stabilité physico-chimique.

Conséquences négatives et parfois dramatiques d'une perturbation de biotope en récifal

   Mise à part les micro-organismes détritivores et décomposeurs capables de résister relativement longtemps à des conditions imparfaites ( heureusement pour la Vie ! ) les macro-organismes ( poissons, coraux, crustacés, etc ) réagissent quasiment immédiatement par un mal-être palpable à une perturbation brutale de leur biotope. Certains poissons, comme le Paracanthurus hepatus par exemple, développe presque systématiquement la maladie des points-blancs ( Cryptocaryon Irritans ) au moindre stress. Pire encore, suite à un gros coup de stress, la population piscicole d'un bac récifal peut entièrement être décimée par des bactéries pathogènes qui attendait enkystées leur heure. Bien souvent ce type d'épidémie se déclenche suite à l'ajout d'un nouveau poisson qui créé une zizanie dans le bac se caractérisant par des courses poursuites entre certains poissons. Le récifaliste accusera probablement à tort le nouveau poisson d'avoir apporté la maladie dans la bac. Peut-être parfois ce dernier est porteur sain de la maladie ( ou l'eau de son bac de prélèvement ) mais c'est l'état de stress provoqué par son introduction qui en facilite l'expansion létale dans l'aquarium du récifaliste. Les coraux, eux, réagissent plus généralement à retardement aux perturbations de leur biotope et quand ils commencent à blanchir, nécroser ou exprimer autrement un mal-être, le récifaliste ne fait pas le rapprochement avec le facteur déclencheur déjà lointain ( parfois d'un mois ou deux ).  

Mieux vaut parfois un mauvais paramètre qu'une perturbation du biotope récifal

 Trop souvent des récifalistes inexpérimentés, conseillés par d'autres récifalistes inexpérimentés ( ou mal expérimentés ! ) se précipitent pour modifier un taux de nitrates, de phosphates, de CA, de kh, de Ph ou autres parce qu'il n'est pas en conformité stricte avec les données chimiques idéales indiqués sur des tableaux aquariophiles de références. Il faut absolument rappeler que tous les paramètres chimiques doivent être modifiés progressivement et lentement. De même en ce qui concerne les paramètres physiques. On doit modifier l'architecture ou la nature du décor et du lit de sable qu'en cas de nécessité véritable et le faire en douceur, par étape et zonation. De même, pour rétablir une salinité ou une densité précise on ne procède à un changement d'eau massif et brutale ; on ne change pas brutalement de mode ou d'intensité d'éclairage ou de brassage. Il en va en fait de toute action sur le biotope d'un récifal !

   Revenir d'un visite dans un magasin avec plusieurs nouveaux poisssons et dans un moindre mesure avec de nombreuses nouvelles boutures coraux n'est pas un acte anodin ; leur introduction dans le bac récifal déjà peuplé constituera assurément une perturbation du biotope car ce dernier et la biocénose sont interactifs et participent de la dynamique de l'écosystème ( niches écologiques ). Il faut absolument retenir de cet article que la macro-biocénose peuplant nos aquariums d'eau de mer récifaux ne sait pas "encaisser" les brusques variations de leur biotope vital. Cela peut paraître évident mais il est certain que grands nombres de problèmes en récifal que l'on constate à travers les témoignages sur les réseaux sociaux peuvent être évités rien qu'en faisant de cette donnée un impératif écologique de maintenance : Le récifal est un biotope stable et toute modification doit se faire en douceur !