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récifal

Booster le démarrage d'un récifal... Pas très "éco-logique" !  

  • Par lbno
  • Le 12/09/2020

Booster le démarrage d'un récifal... Pas très "éco-logique" !  

 

   Mise à part si l'on remplit son aquarium avec de l'eau de mer naturelle prélevée directement dans l'océan, et donc plus ou moins chargée entre autres de bactérioplancton, phytoplancton et zooplancton morts ou vivants, le taux de matière organique à la mise en eau est insignifiant. L'écosystème est alors oligotrophe au sens propre du terme ( La notion d'oligotrophie est encore mal comprise par de nombreux récifalistes. ), c'est-à-dire qu'il y a trop peu de matière organique morte pour nourrir les micro-organismes qui vont "construire" la base écosystémique de l'aquarium. L'idée de quelques aquariophiles impatients est alors d'introduire intentionnellement d'importante quantité de matière organique pour "booster" le processus de maturation du bac. Les industriels n'ont pas manqué d'exploiter cet enclin aquariophile et l'on voit de plus en plus de marques connues proposer des kits de démarrage essentiellement composés de produits "dopants" "spécial démarrage de récifal". Or, augmenter l'apport de matière organique plus vite que ne s'installe une riche population de micro-organismes est écologiquement contre-productif !

Ne pas confondre le carburant et le moteur écologiques ! 

   Ce n'est pas l'ajout de matière organique morte qui va en soi "lancer" la dynamique écosystémique du futur bac récifal mais le cycle productif des populations de micro-organismes. La matière organique détritique est uniquement un carburant écologique qui alimente la dynamique productive des populations de micro-organismes. Dans un bac au démarrage, ces derniers, introduits grâce à des souches d'ensemencement, forment rapidement un premier réseau trophique composé de prédateurs et de proies. Naissance, vie, mort... À l'échelle de ce micro-monde tout va très vite et le taux de renouvellement des populations est logiquement très rapide. C'est cette rapidité productive qui va permettre l'augmentation de la biomasse ( total de matière organique morte ou vive ) et donc faire écologiquement mûrir l'écosystème. Il s'agit d'un processus bio-dynamique d'auto-développement et d'auto-régulation rythmés par les lois de la Nature ; c'est pourquoi l'idée de "sur-polluer" le milieu par de trop gros ajouts de carbone organique concentré comme le proposent les kits industriels de démarrage récifal  en flacons, ampoules ou poudres, n'est pas pertinente. Parmi les micro-organismes sont des producteurs primaires ( micro-algues ) qui créent de la matière organique à partir de CO2 et de lumière ( photosynthèse ). C'est sur cette production naturelle de biomasse qui va se développer comme il se doit écologiquement l'écosystème nouveau né.

Une seule raison valable de nourrir un peu le bac au démarrage

   Avec les souches d'ensemencement est introduite une grande quantité de producteurs secondaires ( la microfaune ) qui vont consommer les producteur primaires ( donc des micro-algues ) pour se développer et assurer une partie de leurs besoins métaboliques. Le bac étant les premiers jours trop "propre" pour satisfaire tout le monde il peut être intéressant d'apporter un peu de nourriture extérieure. Dans ce cas il ne s'agit pas de booster articiellement l'écosystème mais de prévenir d'un éventuel déficit alimentaire du rapport trophique producteurs primaires/producteurs secondaires

Un démarrage boosté contre-productif 

   Introduire une grosse quantité de matière organique dans le bac va effectivement "booster" le développement de micro-organismes mais pas forcément ceux que l'on souhaite !  En fait, c'est essentiellement le bactérioplancton ( des bactéries flottant dans la colonne d'eau ) qui va bénéficier directement de ce boost productif. Ces bactéries sont de grosses consommatrices d'oxygène. Ce sont elles qui provoquent parfois le phénomène d'eau trouble blanchâtre. Ce développement écologiquement imparfait, car "forcant" la Nature, va se faire au détriment des espèces aérobies benthiques ( bactéries et microfaune ) peuplant des zones du bac moins oxygénés que la colonne d'eau. Le rapport trophique est alors déséquilibré et l'écosystème doit rechercher un nouvel équilibre avant de poursuivre sa maturation. Heureusement les mêmes industriels commercialisant les kits de démarrage pour récifal boostés au carbone organique proposent aussi des produits chimiques destinés à rétablir l'équilibre chimique du bac. Ces derniers sont d'ailleurs parfois déjà compris dans le kit de démarrage et font partie de son protocole d'introduction ! Etrange procédé que de démarrer un récifal sur un premier problème annoncé ?  

Conclusion

   On ne gagne donc pas de temps en sur-nourrissant un récifal au démarrage. Ce qui déterminant pour démarrer un aquarium d'au de mer de manière optimale c'est la qualité de l'ensemencement... et ce qui détermine cette qualité c'est sa biodiversité. Chaque souche d'ensemencement  ( microfaune, endofaune et bactéries ) doit être riche en micro-biodiversité et seule une production naturelle dans de véritables bacs-écosystèmes ( et non dans des contenants de laboratoire ou d'aquaculture mono-spécifique ) peut satisfaire cet impératif écologique. Introduire un peu de nourriture au démarrage ( fragments de moule, paillettes, granulés, etc ) pour "lancer" la dynamique bio-chimique du bac, cela a du sens mais introduire des concentrés de matière organique pour booster l'écosystème naissant c'est, du point de vue écologique, absolument incohérent.