Votre panier est vide  Votre compte

Traitement cyanobactéries

Cyanobactéries en récifal , faut-il faire des changements d'eau ?

  • Par lbno
  • Le 11/02/2020

Cyanobactéries en récifal , faut-il faire des changements d'eau ?

   Les changements d'eau sont un des moyens souvent préconisés en aquariophilie récifale en cas d’invasion de cyanobactéries. Il y a les pour et il y a les contre. Les "récifalistes contre" avancent l'argument que le sel synthétique contenu dans l'eau neuve apporte des éléments nutritifs aux cyanobactéries et donc du carburant favorisant leur développement. Les "récifalistes pour" voient dans les changements d'eau un moyen mécanique d'extraire physiquement un maximum de cyanobactéries du bac. Qui a raison ? En fait, en tant qu'aquariophiles, nous n'avons même pas à nous positionner sur ce point car la question essentielle n'est en vérité pas là ! Il suffit de connaître un peu mieux l'écologie de nos adversaires les cyanobactéries pour appréhender le sujet sous un angle différent. 

Cyanobactéries planctoniques et cyanobactéries benthiques

   Étrangement, quand dans le milieu récifaliste on parle cyanobactéries on appréhende l'écologie de ces organismes sous une forme qui n'est en fait que rarement présente dans un bac récifal et ne présentant en tous les cas quasiment jamais un problème. Il s'agit de la forme planctonique ( flottants librement ) des cyanobactéries, comme les "fleurs d'eau" qui colorent souvent en vert ou en rouge/bordeaux la surface des plans d'eau dulcicoles ( étangs et mares ) chargé en nutriments et parfois les eaux côtières chimiquement "polluées". Le développement ( eau trouble ) de cyanobactéries planctoniques dans nos bacs récifaux est rare ; on trouvera plutôt dans le plancton "coloré" des micro algues bacillariophycées ( diatomées ) et des chlorophycées ( algues vertes ).  Les cyanobactéries auxquelles nous avons généralement affaire en récifal représentent la forme benthique de ce type d'organisme. Dans ce cas les cyanobactéries ne sont pas sous forme libre planctonique mais inféodées aux substrats ( pierres, sable, vitres... ) avec lesquels elles constituent des niches écologiques. Une des manifestations de ces niches écologiques est le biofilm. Quand un récifaliste dit qu'il a des cyanobactéries dans son bac c'est parce qu'il constate l'apparition puis le développement de ce biofilm. En fait ce dernier est produit par les cyanobactéries benthiques pour assurer trois fonctions principales : permettre par "collage" la cohésion de la colonie, la protéger des prédateurs et autres colonisateurs ( bactéries et algues par exemple ) et retenir le carburant nourricier émanant du substrat. 

Extraire directement les cyanobactéries benthiques du bac

    À présent que nous connaissons l'écologie particulière des cyanobactéries benthiques qui envahissent parfois nos bacs récifaux nous imaginons facilement, qu'à l'instar de la plupart des bactéries fixées, une infime quantité de cyanobactéries benthiques flottera dans la colonne d'eau ! Se contenter de retirer de l'eau sera donc quasiment inutile. C'est donc au biofilm qui protège les cyanobactéries que nous allons nous attaquer directement en espérant extraire en même temps que l'eau siphonnée une grande quantité de ces organismes... C'est sans compter sur ce que l'on nomme en écologie la phase de dispersion. Sous l'effet du stress engendré par l'attaque de leur biofilm une certaine quantité de cyanobactéries va se désolidariser de la matrice et retourner à un temporaire état planctonique jusqu'à trouver des nouveaux substrats à coloniser. Voilà pourquoi le décollement du biofilm par un fort brassage direct et sans siphonnage immédiat est fortement déconseillé ! On comprendra aussi qu'il va falloir changer d'énormes quantités d'eau pour espérer venir à bout par extraction "mécanique" des cyanobactéries. Cela n'est en fait pas concevable car cela perturbera profondément l'écosystème.   

La solution biologique plutôt que mécanique  

   Puisque l'on ne peut concevoir de changer des quantités énormes d'eau pour parvenir à extraire physiquement du bac les cyanobactéries mais que l'on sait que leur biofilm est leur forteresse on va donc s'attaquer à cette dernière. Notre action ne va plus donc porter sur les cyanobactéries directement mais sur la structure qui pérennise leur existence dans nos bacs récifaux ! L'objectif n'est plus alors d'extraire directement les ennemis mais de détruire leur fortification au fur et à mesure qu'ils la reconstruisent. Comme les cyanobactéries sont très efficaces pour reconstituer leur biofilm  ( quelques heures leur suffisent ) nous allons nous aussi être expéditifs. Autant les cyanobactéries vont réparer leurs remparts autant nous allons les démolir. Au premier abord cette méthode anti-cyano pourrait apparaître elle aussi "mécanique" mais pourtant elle est fondamentalement de nature biologique. Notre objectif est "éco-logique" ; il vise à priver les cyanobactéries des atouts vitaux que leur apporte le biofilm, qui rappelons-le sont la cohésion coloniale, la protection territoriale et le garde-manger. Un biofilm "brisé" et détaché de son substrat est un biofilm désaffecté ! Alors, juste pour éviter qu'il ne soit une source de pollution organique pour le bac, nous allons nous contenter de le piéger à travers un filtre et nous pourrons ainsi récupérer l'eau siphonnée ! Pour ce faire il suffit de disposer du perlon au dessus d'un contenant réceptionnant l'eau siphonnée. Ce ne sont pas les cyanobactéries que nous cherchons à retenir mais le biofilm. 

En conclusion, le principe résumé

   Détruire le biofilm des cyanobactéries benthiques c'est attaquer leur viatique écologique. Ainsi affaiblies les cyanobactéries sont à la merci d'autres micro-colonisateurs qui convoitent les mêmes zonations écologiques et forment des niches écologiques aux caractéristiques proches. Pas besoin de changements d'eau pour être efficace contre les cyanobactéries ! En revanche il est bien évident que dans ce contexte la qualité des populations de micro-organismes, en terme de biodiversité notamment, est déterminante !